L’île aux Aigrettes, laboratoire pour la conservation de la biodiversité

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes
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A seulement 1 km de la côte de Mahébourg, l’île aux Aigrettes, inhabitée, constitue une superbe réserve naturelle de 26 ha gérés par la Mauritian Wildlife foundation. L’accès y est réglementé mais des visites guidées y sont organisées. J’ai eu la chance de passer la journée sur l’île, accompagnée d’une guide spécialisée sur le projet de sauvegarde du Pigeon rose et qui m’a fait découvrir les secrets de cette île, véritable laboratoire pour la conservation de la biodiversité.

L'île aux aigrettes

L’île aux aigrettes

RDV au petit local de la fondation sur la pointe d’Esny où attend la guide. L’île est visible depuis la côte. Les Néerlandais l’avaient appelée l’île du pêcheur (Vissher’s Eyland), les Français la rebaptisèrent l’île aux aigrettes en raison des oiseaux qui y nichaient mais finirent par les exterminer.

L'île aux aigrettes

L’île aux aigrettes

Nous embarquons pour la réserve qui abrite de nombreuses espèces endémiques. Plusieurs suivis sont mis en place pour surveiller l’évolution de ces espèces à fort enjeu de conservation. Pendant 20 ans, la Mauritian Wildlife foundation a œuvré pour restaurer ce site, et elle peut se féliciter du résultat. De l’îlot Bagaud (Parc national de Port-Cros) à l’île aux Aigrettes, la problématique reste la même : la lutte contre les espèces importées, en particulier l’éradication des chats et des rats qui ont un impact important sur les populations d’oiseaux et de reptiles. Bien entendu, revenir à un état initial est impossible dans la mesure où la plupart des espèces originelles ont disparu. Mais le but du projet est de favoriser la mise en place de l’écosystème le plus proche possible de l’initial pour recréer les conditions de vie nécessaires à la conservation des dernières espèces endémiques trouvant ici refuge, qu’il s’agisse des oiseaux comme le Pigeon rose, ou des reptiles comme le Scinque de Telfair. C’est un peu une reconquête d’un paradis perdu !

L'île aux aigrettes

L’île aux aigrettes, un refuge pour les dernières espèces endémiques de Maurice

Vue depuis l'île aux aigrettes

Vue sur la baie de Mahébourg depuis l’île aux aigrettes

Paysage depuis l'île aux aigrettes

Paysage depuis l’île aux aigrettes

Parmi les espèces disparues, il y a, entre autres malheureusement, bien entendu le réputé dodo, mais également une tortue terrestre géante qui était endémique à Maurice.

Dodo, île aux aigrettes

Dodo, île aux aigrettes

Cylindraspis inepta, la tortue géante de Maurice aujourd'hui disparue

Cylindraspis inepta, la tortue géante de Maurice aujourd’hui disparue

Les tortues géantes jouaient un rôle très important dans les écosystèmes mauriciens car elles répandent les graines des plantes qu’elles consomment après les avoir digérées. Malheureusement les tortues terrestres ont vite succombé à la colonisation : ne demandant pas beaucoup de ressources pour survivre, elles étaient embarquées sur les bateaux constituant une réserve de viande pour les longues traversées. L’espèce disparut définitivement vers 1735. Pour remplacer leur fonction, une autre espèce de tortue a été importée sur l’île aux Aigrettes, comme sur d’autres îlots mauriciens ainsi qu’à Rodrigues : la tortue géante d’Aldabra. Cette introduction présente un double intérêt : elle permet d’une part de remplir le rôle écologique joué autrefois par l’espèce mauricienne, et d’autre part de créer plusieurs noyaux de population de cette espèce endémique des Seychelles ce qui participe à sa conservation.

Tortue d'Aldabra, île aux Aigrettes

Tortue d’Aldabra, île aux Aigrettes

Tortue d'Aldabra, île aux Aigrettes

Tortue d’Aldabra, île aux Aigrettes

Une vingtaine d’individus sont présents, le plus vieux, Big dady, âgé d’une centaine d’année ! A Maurice, l’île aux Aigrettes est le seul site où les tortues se reproduisent à l’état sauvage.  Pour favoriser la ponte sur cet îlot corallien où la terre est rare, des emplacements ont été aménagés. Une ponte peut contenir jusqu’à 25 œufs. Les jeunes sont ramassés et élevés pour être relâchés sur des milieux opportuns, comme sur l’île ronde, et éviter un effet de surpopulation sur l’île aux aigrettes.

Site de ponte pour tortue d'Aldabra, L'île aux aigrettes

Site de ponte pour tortue d’Aldabra, L’île aux aigrettes

Une augmentation trop importante de la population de tortue d’Aldabra pourrait avoir un effet néfaste pour la végétation indigène. Les tortues raffolent en effet de certaines plantes comme le veloutier vert aux feuilles engorgées d’eau.

Veloutier

Veloutier, on distingue bien les jeunes pousses en bas de l’image aux couleurs vives

Les plantes ont d’ailleurs développé une adaptation leur permettant de grandir malgré la présence des tortues : les feuilles sont hétérophiles, c’est-à-dire que les jeunes pousses sont différentes des feuilles adultes. Les jeunes présentes des nervures rouges et sont plus longues et ne semblent pas appréciées par les herbivores géants.

Jeunes pousses sur l'île aux aigrettes

Jeunes pousses sur l’île aux aigrettes

Bois de bœuf, île aux aigrettes

Bois de bœuf, île aux aigrettes

Durant le programme de restauration, la MWF a procédé à l’arrachage des plantes exotiques comme l’acacia leucaena leucocephala. En parallèle un programme de plantation a permis à une soixantaine d’espèces indigènes de se répandre sur l’île.

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Graine de Latanier bleu

Parmi elles, le célèbre bois d’ébène et les vacoas.

Bois d'ébène, île aux aigrettes

Bois d’ébène, île aux aigrettes

Vacoas, île aux aigrettes

Vacoas, île aux aigrettes

Les feuilles des vacoas abritent un gecko endémique aux couleurs somptueuses : le Gecko diurne orné de l’île Maurice

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Phelsuma ornata, île aux Aigrettes

Un autre reptile, qui est passé proche de l’extinction, a nécessité la mise en place d’un suivi sur l’île. Il s’agit du Scinque de Telfair. Ce lézard qui peut mesurer jusqu’à 40 cm n’avait survécu que sur l’île ronde. Une fois les rats et les chats éradiqués de l’île aux Aigrettes, 260 individus y furent relâchés en 2006 après avoir été équipés d’une puce permettant de les suivre et de les identifier individuellement. Aujourd’hui la population de scinques est estimée à 400 individus. A terme, d’autres individus devraient être introduits sur différents îlots mauriciens.

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Scinque de Telfair, île aux Aigrettes

Les œufs sont récupérés et les jeunes lézards élevés en « sécurité ». En effet, il reste un prédateur qui n’a pu être éliminé : la musaraigne des maisons, espèce originaire d’Inde qui peut se nourrir des œufs et jeunes lézards.

Musaraigne des maisons, île aux aigrettes

Musaraigne des maisons, île aux aigrettes

Musaraigne des maisons, île aux aigrettes

Musaraigne des maisons, île aux aigrettes

Et les oiseaux dans tout ça ? me direz-vous, plus de poule rouge, plus de dodo ni de perroquet, que reste-t-il ?? Et bien oui, il y a quelques survivants, mais qui sont eux aussi passés près de la disparition. L’île aux aigrettes joue un rôle essentiel dans la conservation de 3 espèces d’oiseaux endémiques de Maurice : le Pigeon rose, le Zostérops de Maurice et le Foudi de Maurice.

L'île aux aigrettes

L’île aux aigrettes

En 1990, il ne restait que 9 pigeons roses à l’état sauvage, mais un programme de reproduction en captivité avait été mis en place dès 1976 à Rivière noire. En 1994, les premiers individus sont relâchés sur l’île. Un suivi précis est mis en place sur l’île aux aigrettes. Tous les jours un observateur vient noter les individus présents, chaque oiseau portant une bague permettant de les identifier. Les efforts ont porté leurs fruits : Maurice accueille aujourd’hui 7 populations distinctes de pigeons ce qui représente au total entre 350 et 400 oiseaux. Une quarantaine sont présents sur l’île aux aigrettes.

Volière pour les pigeons roses sur l'île aux aigrettes

Volière pour les pigeons roses sur l’île aux aigrettes : cela permet de concentrer les oiseaux et de contrôler plus facilement leur bague. Il n’y a plus qu’à asseoir devant la volière et attendre.

Pigeon rose, île aux Aigrettes

Pigeon rose, île aux Aigrettes

Pigeon rose perché sur la volière

Pigeon rose perché sur la volière

Le Zostérops de Maurice, appelé également oiseau à lunettes, est le plus petit oiseau de l’île. Il ne survivait à l’état sauvage que dans une petite portion de la réserve de Rivière noire. Des œufs furent donc prélevés et transportés ici. Les premiers poussins virent le jour en 2008. Une cinquantaine d’oiseaux sont présents dans la réserve aujourd’hui.

Zostérops de Maurice, île aux Aigrettes

Zostérops de Maurice, île aux Aigrettes

Mangeoire pour les zostérops, île aux aigrettes

Mangeoire pour les zostérops, île aux aigrettes

Il en va un peu de même pour le Cardinal de Maurice qu’il ne faut pas confondre avec le Cardinal rouge originaire quant à lui de Madagascar. Il ne survivait que dans la réserve de Rivière noire mais il a vu ses effectifs chuter de 60% entre 1970 et 1993. Des œufs et des poussins furent prélevés et élevés pour être relâchés sur l’île. La population de la réserve est aujourd’hui estimée à 200 individus !

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Foudi de Maurice, île aux Aigrettes

Un autre programme d’introduction commence à voir le jour : un programme pour les oiseaux marins. Des figurines de phaétons sont disposés sur la côte pour inviter des oiseaux à s’y poser. Dans les semaines qui suivent mon passage sur l’île, de jeunes oiseaux prélevés sur l’île ronde devraient être installés et élevés ici. Il n’y a plus qu’à espérer que ces oiseaux philopatriques reviendront nicher ici plus tard.

Silhouettes de phaétons, île aux aigrettes

Silhouettes de phaétons, île aux aigrettes

L'île aux aigrettes

L’île aux aigrettes

Ce que je retiens de cette sortie ? La gestion de la réserve de l’île aux aigrettes est vraiment un modèle à suivre : des projets efficaces et menés sur du long terme qui ont permis de préserver les derniers rescapés de l’île Maurice. Un paradis perdu mais qui retrouve ici un peu de sa splendeur. Je repars de cette île avec un sentiment d’espoir, non tout n’est pas perdu, et oui nous pouvons agir !

Bateau dans la baie de Mahébourg

Bateau dans la baie de Mahébourg

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