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L’ascension du mont Humboldt fait partie des randonnées mythiques de Calédonie. Culminant à 1618m d’altitude, le mont Humbodt est le deuxième plus haut sommet du Caillou et suit de près le mont Panié (1629m). Outre l’aspect sportif et le caractère aventurier inhérents à la plupart des randonnées en Calédonie, les sommets de cette partie de la chaîne présentent aux yeux des naturalistes de forts enjeux : des espèces à découvrir ou redécouvir, des connaissances sur les aires de répartition des différentes espèces à améliorer, tout cela dans des milieux certes fragiles mais encore préservés. C’est avec une équipe de botanistes, d’herpétologue et d’entomologiste que j’ai la chance de découvrir ce site remarquable.

Samedi 30 avril

Il est 3h du matin quand le réveil sonne. J’ai passé la nuit à la Foa et nous décollons rapidement pour rejoindre le reste de l’équipe à Tomo. Le point de départ de la randonnée se situe en haut de la piste Galliéni. Autrefois la route était libre d’accès mais a été fermée au public pour des raisons de sécurité. L’ascension se fait donc normalement sur 3 jours au départ de la piste de 18km qui conduit à la mine. Par chance, nous n’aurons pas à faire parcourir cette étape, ayant obtenu les droits d’accès et les clés permettant d’accéder au sommet de la mine que nous gagnons à bord de4X4. Le soleil se lève à peine lorsque nous commençons l’ascension au milieu du maquis minier où s’élève le chant des innombrables méliphages barrés. A partir d’ici il faut 2 heures pour gagner le refuge du Vucain et 7h pour le sommet. Mais quand on est naturaliste, c’est encore plus long !

Lumières du matin

Nous marchons dans ce paysage qui, à l’instar du peuple calédonien, porte les cicatrices encore bien vives du passé. Les pistes menant aux anciennes mines tracent de longues stries rouges zigzaguant au milieu du maquis et disparaissent au fond de vallons désormais inaccessibles. Le nickel, l’or rouge de la Calédonie, voilà ce que les hommes viennent chercher dans ces montagnes reculées. Mais ces terrains si riches en métaux et peu propices à la vie constituent le substrat d’écosystèmes uniques. Ces milieux ultramaphiques accueillent tout un cortège de plantes endémiques que je prends le temps de découvrir. J’ai de bons guides avec moi !

Sentier au milieu du maquis minier
Montrouziera verticillata, petit houp de montagne
Thiollierea campanulata sur les pentes du mont Humboldt

Par endroits, le sol est recouvert de droseras, ces plantes carnivores que l’on rencontre également en Europe, généralement dans les tourbières. Il s’agit ici d’une espèce endémique et la seule drosera de Calédonie : Drosera neocaedonica.

Drosera neocaledonica sur les pentes du Humboldt

Nous finissons par arriver au refuge du Vulcain. C’est l’occasion de refaire le plein d’eau que nous puisons dans le réservoir (ne pas oublier bien évidemment les pastilles purifiantes). Petite pause et nous reprenons la marche. La chaîne se dresse devant nous disparaissant dans les nuages déversant des averses éparses. Pour l’instant, par chance, nous échappons à la pluie. Le terrain est déjà bien assez glissant comme ça et avec nos sacs d’au moins 15kg sur le dos l’ascension assez rude. Les jeux de lumières sur les versants verdoyants nous rappellent que la beauté de la nature se mérite.

Ascension vers le mont Humboldt
Averses sur le Mont Humboldt
Ascension vers le mont Humboldt

Encore quelques efforts, et nous finissons par arriver dans l’un des milieux les plus somptueux de la Calédonie : la forêt de mousse. Ces forêts humides primaires constituent de véritables réservoirs de biodiversité et abritent plus de 2000 espèces végétales dont 80% d’endémiques. La forêt primaire en Calédonie a malheureusement nettement régressé et a été largement morcelée. Elle s’étend de façon discontinue sur 3900 km2 ce qui constitue 20% du territoire mais seulement 25% de sa surface d’origine. 

La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt

La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt
La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt
La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt

De multiples chants d’oiseaux résonnent dans la canopée. Les méliphages barrés sont toujours présents, mais s’ajoutent les cris des zostérops auxquels se mêlent quelques myzomèles. Les notes puissantes du miro à ventre jaune, appelé ici rossignol, s’élèvent dans les parties plus basses de la végétation. Mais l’observation ornithologique incontestable de cette expédition naturaliste au coeur de la chaîne restera celle de l’oiseau le plus menacé de Calédonie : le méliphage noir. Je ne l’avais observé jusque là que dans le parc de la Rivière bleue. L’observation est furtive mais j’aurai malgré tout le temps de faire une image, floue certes, mais au moins cela a le mérite de confirmer l’observation.

Méliphage noir dans la forêt de mousse du Mont Humboldt

Nous continuons à progresser dans ce milieu mi-terrestre mi-aérien, empruntant des chemins hors-sol formés par les branches et les racines flottant dans un tapis de mousse.

La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt
La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt
La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt
La forêt de mousse, réserve botanique du Mont Humboldt

Au-delà de la forêt de mousse nous gagnons à nouveau du maquis minier mais cette fois-ci d’altitude. Les araucarias humboldtensis font leur apparition. Le refuge n’est plus très loin, encore quelques efforts !

Vue sur le Vulcain depuis les pentes du Humboldt.
Maquis d’altitude
Maquis d’altitude
Refuge du Mont Humboldt

Nous passons la fin de journée à chercher bestioles et plantouses dans les environs. Je tente des photos de méliphage barré mais sans grand succès. Je ne prends même pas la peine de publier les piètres résultats entre brumes de chaleur et branchages … Nous prendrons notre repas près du poêle. Véritable ambiance alpine ! C’est que même en Calédonie, il fait froid la nuit dans les hauteurs.

Dimanche 31 avril

A nouveau levés à l’aube pour grimper au sommet. Cette fois-ci nous sommes équipés légers et laissons la plupart des affaires au refuge. La brume matinale ne s’est pas encore levée et se teinte de rose tandis que les premiers rayons du soleil affleurent au-dessus des crêtes.

Brumes matinales
Lumières du matin

Nous grimpons au milieu de la forêt d’araucaria dans un concert donné par les innombrables méliphages barrés. De temps en temps c’est un siffleur calédonien qui pousse son chant sonneur. L’un d’eux vient se percher en évidence sur une branche morte. Enfin, j’arrive à aire une photo d’oiseau correcte !

En route pour le sommet. On aperçoit le refuge en contre-bas
Araucaria humboldtensis
Araucaria humboldtensis
Araucaria humboldtensis
Siffleur calédonien dans le maquis d’altitude du mont Humboldt
Siffleur calédonien dans le maquis d’altitude du mont Humboldt
Araucaria humboldtensis dans la brume
Araucaria humboldtensis dans la brume
Araucaria humboldtensis dans la brume

Le chemin devient difficile et nous gravissons d’imposants blocs de péridotite dressés comme un rempart autour du sommet que nous parvenons à atteindre. Nous patientons, espérant que la brume finisse par se lever. Avec un peu de patience, nos vœux sont exaucés et nous contemplons, depuis le toit de la chaîne, la Calédonie depuis le lagon de la côte ouest qui se profile au loin aux pentes verdoyantes de la côte est.

Depuis le sommet du Humboldt
Depuis le sommet du Humboldt
Depuis le sommet du Humboldt
Depuis le sommet du Humboldt
Depuis le sommet du Humboldt
Depuis le sommet du Humboldt

Mais nous n’avons pas trop le temps de nous attarder car il faut encore une bonne journée de marche pour regagner les voitures. Nous récupérons nos affaires au refuge que nous quittons après avoir pique-niquer. Il est déjà midi passé … De retour dans la forêt de mousse nous prenons malgré tout à nouveau quelques clichés et faisons quelques observations. Nous ne revendrons pas ici de si tôt ! Peut-être jamais, autant en profiter !

Forêt de mousse du Mont Humboldt
Forêt de mousse du Mont Humboldt

Mais toutes les bonnes choses ont une fin et nous redescendons jusqu’au refuge du Vulcain où nous prenons un bon petit goûter, tandis que le ciel derrière nous s’assombrit !

Refuge du Vulcain

Le retour me semble long quelques glissades, quelques observations et ce n’est qu’avec le coucher du soleil que nous arrivons à la mine. Un week-end extraordinaire !

Retour à la mine avec le coucher de soleil
Le soleil se couche sur la vallée

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