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Vendredi 16 août : Ferry pour Eua

C’est aujourd’hui que je quitte l’île principale pour ‘Eua. Avant de quitter l’hôtel les filles m’apprennent qu’une jeune Allemande a disparu pendant une sortie ‘Eua samedi dernier. Son corps n’a toujours pas été retrouvé. Elles me mettent donc en garde et m’encouragent à faire attention. Ils semblent inquiets. J’essaie de les rassurer en leur promettant que je serai vigilante et resterai près du groupe. J’ai en effet réservé une excursion pour le lendemain. Mon taxi me récupère à 10h pour me poser au départ du ferry (10$ la course). Le ferry part à 10h, normalement, je prends mes billets aller/retour (60$ soit une vingtaines d’euros). Il n’y a plus qu’à patienter dans le vaste hall. Le ferry est en retard ce matin. Des annonces sont passées en langue locale, autant dire que je n’y comprends rien. Il n’est pas très facile d’organiser son trip sur ‘Eua et l’on trouve peu d’informations sur le net. Au final il est 11h30 lorsque nous embarquons sous un ciel bien maussade. Nous longeons l’île principale slalomant entre les îlots et hauts fonds avant de gagner la pleine mer où la houle berce les passagers dans une odeur de soupe chinoise. C’est en effet l’heure du repas et il est possible d’en acheter au comptoir du ferry comme on prendrait un café. Nous croisons enfin des oiseaux marins : noddis noirs et fous bruns. L’île d’Eua s’étend sous mes yeux, sombre et sauvage. Ce n’est qu’en arrivant à proximité de la côte, que l’on gagne après environ 1h30 de navigation, que je repère le dos sombre d’une baleine. Il est temps de débarquer dans une espèce de cohue difficilement descriptible. Les habitants de l’île, vêtus de leur pagne traditionnel, s’agglutinent à l’arrivée du bateau pour récupérer l’approvisionnement en provenance de l’île principale, des colonnes ornées de fleurs, des boîtes d’œufs, des conserves, bref tout le quotidien de l’île semble défiler ici. Je me mêle à la foule, attendant que mon sac soit lui aussi débarqué. J’avais réservé une voiture à mon arrivée par le biais de mon hôte airbnb mais la façon de la récupérer me semblait bien floue. Ici on apprend le lâcher prise. Quand, tout à coup, j’entends mon prénom … une jeune femme aux dents ornées me demande si je suis Sophie. Oui c’est bien moi … Karen se présente-t-elle, je suis votre pick up. Ha parce que j’ai un pick up ! Oui oui, c’est elle qui devra me conduire au car rental. En fait non, le gars du car rental est là lui aussi, à croire que tout Eua s’est donné RDV à l’arrivée du ferry. Il n’est pas disponible pour l’instant et devra me rappeler plus tard. Je passe rapidement à Deep blue diving, ils tiennent également la structure sur Eua, pour confirmer ma sortie du lendemain. La météo est très changeante et ils me rappelleront ce soir. Karen, âgée de 22 ans, témoin de Jehova et aspirant au voyage me conduit à mon logement après avoir fait un stop à la boutique du coin, question que je puisse m’acheter deux paquets de biscuits et des soupes chinoises pour survivre. Pour l’instant, elle vit toujours chez ses parents actuellement en voyage en Australie et est chargée de veiller sur ses 3 petits frères en leur absence. Célibataire, elle espère trouver La bonne personne qui lui conviendra pour le reste de sa vie. De ce point de vue, il est clair qu’il vaut mieux bien choisir dès le départ ! J’arrive dans mon airbnb à l’écart du village principal.

Mon airbnb
Welcome to Haufolau

Je mange un bout et suis tellement épuisée que je m’endors. Pas de nouvelle de ma location de voiture. Je renvoie un mail à mon hôte et descends à pieds à la plage toute proche. Magique ! Un Carpophage pacifique passe rapidement, mais ça coche !! A peine arrivée à la plage je repère les souffles des baleines, elles sont au moins 4 et l’une d’elles frappe l’eau de sa caudale.

Tufuvai Beach
Tufuvai Beach
Baleines longeant la côte d »Eua

Mais je ne m’attarde pas, je dois retourner à la maison où Karen me récupère. On m’a trouvé une autre voiture. On est en plein dans la débrouille ! On retourne au magasin tenu par des chinois, c’est eux qui me loueront une voiture, 180$ les deux jours. C’est parfait, je pourrai découvrir cette île ! Il fait nuit quand je reviens essayant de prendre en main cette grosse voiture en esquivant chiens et cochons. Me retrouvant toute seule au bout du monde, au bout d’une île perdue dans le Pacifique, naît en moi un vrai sentiment d’aventure et de déracinement. Loin des certitudes européennes, où l’on sait où l’on va et où l’on sait que lorsqu’on a loué une voiture ou un logement qu’on l’aura, il n’en est rien ici. On apprend à faire différemment, en improvisant et en s’accommodant au fur et à mesure des choses comme elles se présentent.

Samedi 17 août

J’avais reçu dans la soirée un appel pour confirmer l’excursion du jour. Le pick up devrait me récupérer à 7h pour me permettre de prendre le petit déj au lodge d’où parte les excursions. Situé devant le port, il est d’ailleurs bien plus pratique de réserver votre logement ici. J’étais assez peu confiante au petit matin en entendant la pluie mais nous partirons malgré tout en mer. Le temps est vraiment mauvais et la houle bien formée sous un ciel très chargé. Nous ne mettons pas longtemps à repérer des baleines, elles ont vraiment l’air nombreuses autour d’Eua. En revanche elles ne semblent vraiment pas très coopératives pour une mise à l’eau. Le skipper tente, en vain, plusieurs approches avant de tester sur une autre baleine repérée plus loin, mais là encore, les baleines se montrent joueuses et dupent le capitaine. Nous commençons à désespérer et le mal de mer à se faire sentir pour certains passagers. L’avantage sur Eua, par rapport aux deux sorties que j’ai faites depuis Tongatapu, c’est que nous sommes un tout petit groupe sur un tout petit bateau Nous sommes seulement 6 touristes. Le capitaine décide alors de prendre le large tandis que la houle forcit. A nouveau, des baleines se donnent en spectacle. L’approche est à nouveau calme et l’équipe prend le temps d’observer le comportement des animaux. Cette fois-ci est la bonne, et je me retrouve à l’eau avec la première fournée. Et là … Grandiose !!! L’eau est bien plus claire qu’à Tongatapu et les 3 baleines dansent autour de nous tandis qu’elles ne cessent de chanter. Le sentiment de sublime naît en moi alors que ces animaux imposants remontent dans ma direction dessinant des spirales. Le temps semble s’arrêter tandis que j’ai le sentiment de pénétrer dans un autre univers. Devant un tel spectacle, les mots laissent place à l’image. D’autres passagers étant trop malades pour aller à l’eau, il n’y aura finalement pas de roulement et je resterai dans l’eau tout le long de l’excursion. Un truc de fou !

Danse avec les baleines, Eua
Ovava Tree Lodge

Nous rentrons en début d’après-midi au lodge où nous prenons notre repas. Sur le bateau, je sympathise avec un couple de français qui vient de passer 7 mois en Nouvelle-Zélande. Nous prévoyons de passer le lendemain ensemble pour découvrir cette île sauvage. Je rentre à pieds à mon airbnb tranquillement en faisant un stop au shop. Demain, tout sera fermé, il vaut mieux prévoir quelques trucs à grignoter. Je prends environ 1h pour rentrer, profitant des ambiances. Les odeurs de mandarines m’emplissent les narines, les arbres sont nombreux bordant la route. La nature semble à la fois hostile et généreuse dans cette partie du monde où mes catégories rationnelles sont totalement hors d’usage.

Martin-chasseur respecté
Tombe le long de la route pour Haufolau
Route pour Haufolau
LA station service
Maison à l’écart du village
‘Ohonua

Dimanche 18 août

Je récupère Marion et Vincent à 8h devant le lodge. Ici, à Eua, le jour du Seigneur prend tout son sens. Il n’y a vraiment rien d’ouvert et nous croisons tous les habitants endimanchés se rendant à l’église. L’église, je devrais plutôt dire les églises, car elles sont nombreuses ! En marchant sur la route déserte, s’élèvent les chants provenant des différents lieux de culte.

Tenue du dimanche
Eglise
Chapelle
Cache-cache dans la maison abandonnée

Nous tentons de gagner les points d’intérêt signalés sur la carte récupérée la veille au lodge. Les routes sont peu praticables et les indications peu claires … Il y a peut-être eu une tentative d’activité touristique fut un temps … comme en témoigne la présence de quelques panneaux explicatifs, mais ce temps semble révolu. Il faut dire qu’en février 2018 ‘Eua fut l’une des îles les plus violemment touchées par le cyclone Gita.

Un petit air de Kanaky
On va où ???

Nous commençons par le centre de l’île où semblent se concentrer les sites. Nous atteignons la Hafu Pools, une petite cascade en bordure de forêt, malheureusement n’ayant plus grand-chose de naturel, les bassins étant bétonnés. En revanche on trouve ici enfin une véritable forêt, la première que je vois depuis mon arrivée à Tonga. D’origine volcanique, il s’agit de la plus anciennes des villes de l’archipel de Tonga. Ici aussi il est possible d’observer la perruche pompadour. Plusieurs oiseaux se signalent par leurs cris et finissent par se poser dans les arbres environnants. Le panneau d’information indique qu’il s’agirait d’une sous-espèce propre à Eua. Je ne sais qu’en penser.

Monarque
Ptilope de Clémentine, forêt sur Eua
Méliphage Foulehaio, ‘Eua
Perruche pompadour dans le parc national d »Eua
Hafu pool
Les signes d’une tentative d’aménagement

Des gygis survolent la forêt, étonnant de les voir dans ce milieu.

Gygis volant au-dessus des forêt d’Eua

A partir de la cascade, un chemin s’enfonce dans la forêt mais il s’avère peu tracé et peu praticable. Après avoir escaladé quelques troncs d’arbre barrant le chemin dans la boue, nous décidons de faire demi-tour. Le goût de l’aventure a ses limites ! Direction the giant ovava tree, le plus gros banian de Tonga. L’arbre est vraiment impressionnant.

Ovava Tree

La piste un peu plus praticable, conduit jusqu’à Smoking cave, une cavité vertigineuse ! L’accès pour le coup est aménagé et facilité par une corde qui permet de gagner en toute sécurité une petite plateforme en surplomb de la chute. Ce site doit son nom à L’humidité se formant autour de la paroi abrupte.

Smoking cave

Nous revenons sur nos pas pour gagner cette fois-ci la partie sud de l’île. Arrêt à Ha Aluma Beach, joli cadre pour prendre le pique-nique. Ce sera les boîtes de thon que j’avais pris la précaution d’acheter la veille. Vue sur l’océan d’où jaillit une baleine.

Ha Aluma Beach
Ha Aluma Beach
Ha Aluma Beach
Ha Aluma Beach
Martin-chasseur respecté, chemin pour Ha Aluma Beach
Aigrette sacrée, Ha Aluma Beach

Nous poussons jusqu’à la pointe sud où nous espérons atteindre la Maui’s arch, mais la route se termine sur un portail que nous n’osons pas ouvrir. Aucun panneau de signalisation, nous sommes sur une piste et tout semble privé. Nous rebroussons chemin.

Piste au sud de l’île d »Eua

Direction le nord cette fois-ci en multipliant les arrêts.

Village sur ‘Eua
Car Wash
Comment recycler votre machine à laver ?

C’est à nouveau sur une piste pas vraiment carrossable que nous nous engageons. Nous trouvons un endroit où laisser la voiture et entamons la piste à pieds … par chance, un local accueillant des tongiens nous invite à monter dans sa benne. Nous n’aurons pas marché très longtemps et nous gagnons le Mata Mahina Hopo Lookout bien plus rapidement que prévu ! Ce sera probablement la plus belle vue que nous aurons sur cette île, en surplomb de falaises le long desquelles planent des phaétons à bec jaune. Les couleurs de l’eau sont magiques, mais pas facile d’atteindre la plage ici qui donne directement sur l’océan. C’est ici que nous sommes les premiers au monde à voir le soleil se lever, la ligne de changement de date n’est pas bien loin ! Mais pour nous, le soleil décline.

Panorama depuis Mata Mahina Lopo Lookout
Panorama depuis Mata Mahina Lopo Lookout

Nous redescendons avec notre taxi improvisé jusqu’à la voiture. Ce fut une bien belle journée sur cette île du bout du monde qui a su préservé ces mystères et son caractère authentique.

Lundi 19 août

4h le réveil sonne. Rude … Je range mes dernières affaires sans avaler de petit déj, laisse les clés sur la table et abandonne mon logement. 4h30, les passagers embarquent déjà sur le ferry. Je dépose mes bagages à Marion et Vincent pour retourner au shop où je dois laisser la voiture. Personne … j’attends jusqu’à 4h50 … Seuls deux locaux dorment dans un camion, jetant des pierres à un chien qui se met à aboyer à mon arrivée. Mais il est temps pour moi de quitter cette île. Je dépose les clés côté passager et je file, j’espère que ce sera ok, j’ai toujours une appréhension en abandonnant ainsi un véhicule. Je me rassure en me disant qu’il ne pourra pas aller bien loin … Je file et embarque à mon tour. Le bateau finit par lever l’ancre tandis que les passagers dorment ou attaquent déjà leurs fameuses nouilles chinoises. Nous arrivons à Tongatapu vers 7h sous un ciel chargé et une pluie fine. J’ai l’impression de débarquer à Brest après une virée à Ouessant ! Je prends un taxi (5$) pour me déposer à mon hôtel, pas très loin sur le front de mer. La réception n’est pas encore ouverte mais j’en profite pour regarder mes messages, maintenant que la connexion est meilleure. Une personne finit par arriver, visiblement le fils de la gérante. Ma chambre n’est pas encore dispo mais je peux laisser mes affaires, il doit également descendre en ville et ils me déposeront. Sa mère, ou grand-mère, arrive à son tour. Elle m’explique que ses parents l’ont appelée papillon, mais comme personne ne savait l’épeler, cela a donné Papiloa. C’est le nom qu’elle a donné à son établissement. Elle me dépose au centre et me donne RDV à 14h pour le retour. Je prends un bon petit dej dans l’un des deux seuls cafés de la ville avant de flâner dans la rue et de prendre quelques souvenirs dans la seule boutique sympa pour un touriste ayant du temps à perdre. Je prends un second café et me fait alpaguer par une touriste américaine, du même âge que moi et voyageant seule également. Nous baladons sous la pluie, échangeant sur nos expériences de voyages et perspectives de vie, pas toujours évident pour des femmes si indépendantes. Nous mangeons ensemble au Friend’s. La pluie s’intensifie. 14h, Papiloa me récupère et je gagne ma chambre, pour tout avouer un peu miteuse, ce n’est pas l’hôtel que je recommanderai, assez loin du centre et un peu glauque … c’est ça aussi ! Lors d’une rapide éclaircie, je mettrai le nez dehors pour faire des images d’un pêcheur. J’échangerai quelques mots avec lui. La pêche a-t-elle été bonne ? Pas vraiment me confie-t-il … Il y a des jours avec et des jours sans. Pour lui comme pour moi cette journée n’aura pas été mémorable ! Je reviens dans mon hôtel miteux. Le soleil ferait-il son apparition en fin de journée ? A mon grand désespoir je découvre que la fenêtre au-dessus du lit donne directement sur l’éclairage public … Bien entendu ni volet, ni rideaux … Enfin il faut voir le positif : il y a bien un éclairage public à Tonga.

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