Observer le lynx pardelle à Andujar. À la rencontre du félin le plus rare d’Europe. Symbole de la faune ibérique et véritable fantôme des forêts méditerranéennes, le lynx pardelle (Lynx pardinus) fascine autant qu’il se fait discret. Longtemps au bord de l’extinction, ce félin endémique de la péninsule Ibérique est aujourd’hui au cœur de l’un des programmes de conservation les plus ambitieux d’Europe. Observer un lynx pardelle à l’état sauvage reste une expérience exceptionnelle.

Présentation du lynx pardelle
Description
Lynx pardelle – Sierra Morena

Le lynx pardelle (Lynx pardinus) est un félin de taille moyenne, plus petit et plus compact que le lynx boréal. Mais il est remarquablement adapté aux paysages méditerranéens ouverts. Il mesure 80 à 110 cm de long, pour une hauteur au garrot d’environ 55 à 70 cm. La queue très courte, caractéristique du genre (bobtail), ne dépasse généralement pas 12 à 15 cm . Elle est terminée par un manchon noir bien net.

Son pelage est l’un de ses traits les plus distinctifs : court, dense et fortement tacheté de rosettes sombres sur un fond beige à fauve-gris. La densité et la taille des taches varient selon les individus et les populations. Elle va de motifs fins et diffus à des macules plus larges et contrastées. Cette coloration offre ainsi un camouflage exceptionnel dans les mosaïques de garrigue, de sous-bois clairs et de rochers.

La tête est large et expressive, marquée par des favoris faciaux très développés. Elle forme une collerette blanche bordée de noir qui accentue les expressions et joue un rôle probable dans la communication visuelle. Les oreilles triangulaires, toujours dressées, sont prolongées par des pinceaux noirs de 3 à 4 cm. Elles sont particulièrement visibles lors des phases d’alerte. L’arrière des oreilles présente une tache claire cerclée de noir, utile pour la communication intra-spécifique à distance.

Les membres sont longs et puissants, adaptés à la course courte et explosive plutôt qu’à l’endurance. Les pattes postérieures, plus développées, permettent des bonds rapides lors de l’attaque. Les coussinets, larges et veloutés, assurent une progression silencieuse, essentielle pour un prédateur à l’affût. Les griffes rétractiles, extrêmement acérées, sont utilisées pour la capture et l’immobilisation des proies.

Comportement

Sur le plan comportemental, le lynx pardelle est un animal strictement solitaire et territorial. Chaque individu occupe un domaine vital dont la taille dépend directement de la densité de lapins. Il peut varier de 5 à plus de 20 km². Il marque son territoire par des griffades, des jets d’urine sur les buissons et les rochers, et par des fèces déposées en évidence sur les sentiers.

Essentiellement crépusculaire, son activité culmine à l’aube et au crépuscule. Mais il peut être observé en pleine journée lors des périodes de reproduction ou lorsque les conditions climatiques sont favorables. Chasseur spécialisé, il adopte une stratégie d’approche lente suivie d’une attaque fulgurante, visant presque exclusivement le lapin de garenne, capturé par morsure à la nuque.

Où observer le lynx pardelle ?

Les meilleures zones pour tenter d’observer le lynx se situent dans le sud de l’Espagne, notamment :

  • Sierra de Andújar (Andalousie) : principal bastion historique et site de référence pour l’observation encadrée.
  • Doñana : zone emblématique, bien que l’observation y soit plus difficile.
  • Sierra Morena (Jaén, Córdoba, Ciudad Real) : territoires recolonisés grâce aux programmes de réintroduction.

Ces régions sont caractérisées par des forêts claires de chênes verts, de la garrigue, des zones rocheuses et une forte densité de lapins.

Quand observer le lynx ?

La période la plus favorable s’étend de février à juin, avec un pic d’activité visible :

  • en fin d’hiver et au printemps, durant la reproduction et l’élevage des jeunes,
  • lors des premières et dernières heures du jour.

L’été, la chaleur réduit fortement l’activité diurne, rendant l’observation plus aléatoire.

Statut de conservation et effectifs

Classé autrefois comme “en danger critique d’extinction”, le lynx pardelle a vu ses effectifs chuter à moins de 100 individus au début des années 2000. Grâce aux programmes LIFE et aux efforts de conservation (restauration des habitats, réintroduction du lapin, corridors écologiques), la population dépasse aujourd’hui 1 600 individus, répartis sur plusieurs noyaux en Espagne et au Portugal.

Malgré ces progrès, l’espèce reste vulnérable, menacée par :

  • la fragmentation des habitats,
  • les collisions routières,
  • les maladies touchant le lapin.
Un programme de réintroduction indispensable

La restauration du lynx pardelle (Lynx pardinus) dans la péninsule ibérique est l’un des plus grands succès de conservation de la faune sauvage en Europe. Au début des années 2000, l’espèce était presque éteinte à l’état sauvage. Il restait seulement moins d’une centaine d’individus confinés à Doñana et à la Sierra de Andújar. Grâce à une coopération sans précédent entre institutions publiques, organisations non gouvernementales, centres de reproduction en captivité et projets Life européens, des programmes de réintroduction systématiques ont été mis en place.

Dans le cadre du programme Iberlince et des projets consécutifs comme LIFE LynxConnect, des lynx élevés en captivité ont été progressivement réintroduits dans des habitats soigneusement sélectionnés, en commençant par la Sierra de Andújar, Doñana et la Sierra Morena. Ces zones ont été choisies pour leur abondance de proies (principalement lapins sauvages) et la qualité des habitats méditerranéens nécessaires à la survie et à la reproduction du félin. L’effort de réintroduction a inclus non seulement la libération d’individus, mais aussi la restauration des habitats, le suivi scientifique, la surveillance des populations et la réduction des causes de mortalité non naturelles (braconnage, collisions routières, etc.).

Des résultats encourageants

Les résultats sont spectaculaires : la population ibérique est passée de moins de 100 lynx au début des années 2000 à plus de 2 000 individus. Ils sont répartis désormais sur une dizaine de zones de reproduction en Espagne et au Portugal. La Sierra de Andújar reste l’un des noyaux les plus densément peuplés. Un pôle scientifique pour l’étude et le suivi du lynx a vu le jour avec un suivi individuel continu et des naissances régulières de jeunes.

Malgré ces succès, le lynx pardelle reste classé vulnérable . Les programmes de réintroduction poursuivent leurs efforts, notamment en favorisant la connectivité génétique entre populations. Ils visent à ouvrir de nouvelles zones adaptées à long terme, en Espagne centrale et septentrionale

Lynx pardelle - Sierra Morena
Lynx pardelle – Sierra Morena
Mes conseils pour observer le lynx pardelle à Andujar en toute autonomie

Il est possible de réserver une place dans les fermes avec un accès aux affûts payants. Mais vous pouvez également arpenter les pistes en toute autonomie en espérant apercevoir le mythique félin. les observations sont assez aléatoires. Vous aurez plus de chance durant la période de rut entre décembre et janvier où les animaux sont plus actifs. C’est aussi la période où de nombreux observateurs viennent tenter leur chance et communiquent sur les observations et le passage des lynx.

Deux pistes sont propices à l’observation du lynx : la piste de la Lancha et la piste l’Encinarejo le long du rio Jandula, où vous pourrez également voir des loutres. La meilleure méthode et de choisir un point d’observation depuis la piste avec une vue dégager et de scruter le paysage à l’aide d’une longue-vue. L’observation des prédateurs est vraiment une question de patience et il y a des jours sans !

La sierra de Andujar : des paysages typiques

La Sierra Morena s’étend sur 400 km et culmine à 1324 m au Pic Banuelas. Elle doit son nom « la montagne brune » à la couleur de son sol ainsi qu’à sa végétation. La sierra d’Andujar constitue une partie de la Sierra Morena. Située au nord de Cordoba, cette sierra est un massif granitique, à l’origine un batholite de roches ignées remonté à la surface créant une alternance de chaos et d’arènes granitiques.

Sierra Andujar
Sierra Andujar

La végétation arborée, essentiellement constituée de chênes verts et de chênes lièges (Quercus suber – Alcornoque en espagnol), est régulièrement répartie, formant un paysage typique du sud de l’Espagne : la dehesa. Ces zones restent ouvertes grâces au pâturage du bétail ou du gibier.

Dehesa
Dehesa

Dans la sierra, les chênes lièges sont exploités. Une fois écorcé, leur tronc prend une couleur rouge intense et un aspect lisse. A partir de l’écorce est extrait le « corcha », utilisé dans la fabrication des bouchons et de produits isolants.

Chênes lièges écorcés
Chênes lièges écorcés

Le massif se scinde en deux par un affluent du Guadalquivir : le rio Jandula, assagi par la présence de deux embalses. Le massif est accessible par des routes et quelques pistes permettant de circuler entre les fincas, vastes propriétés privées, vouées à l’élevage ou à la chasse au grand gibier.

L’élevage des taureaux
Toro bravo
Toro bravo

Le Toro bravo qui pâture dans le Parc est aussi connu sous l’appellation « Toro de Lidia ». Cette race, qui grandit dans ces paysages de dehesas, acquiert « la force et la bravoure nécessaires » . Les taureaux doivent avoir au moins 4 ans et moins de 6 ans pour combattre lors de corridas.

Comederos
Comederos

On peut ainsi voir de nombreux « Comederos », ou mangeoires, en granite dispersées dans les prairies pour alimenter le bétail.

Les autres espèces de la sierra Andujar
Les ongulés

Il est assez facile d’observer la grande faune sur le secteur. Les ongulés sont introduits en grand nombre pour la chasse : Cerf élaphe (Cervus elaphus hispanicus – Iberian Red Deer), Cerfs sikas (Cervus nippon), Daims (Dama dama – Folow deer), Mouflons (Ovis orientalis – Mouflon) et sangliers (Sus scrofa baeticus – Iberian Wild Boar).

Cerf élaphe
Cerf élaphe
Daim, mâle adulte
Daim, mâle adulte
La loutre d’Europe

La Loutre d’Europe (Lutra lutra – Otter), fréquente le Rio Jandula. De nombreuses traces et épreintes trahissent sa présence.

Loutre - Sierra Morena
Loutre – Sierra Morena
Épreinte de loutre
Épreinte de loutre
Le Bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica hispanicus – Southern spanish ibex)

Facilement visible sur les falaises autour du barrage de la Lancha. Si le Bouquetin des Alpes affectionne les sommets d’altitude inaccessibles, il n’en va pas de même pour la cabra montes qui se contente d’altitudes plus basses et de quelques affleurements rocheux au milieu de la végétation.

Barrage de la Lancha
Barrage de la Lancha
Bouquetin des pyrénées
Bouquetin des pyrénées

D’autres espèces plus discrètes sont présentes comme la Genette commune (Genetta genetta) ou la Mangouste ichneumon (Herpestes ichneumon).

Quant au Loup (Canis lupus – Wolf), bien qu’il figure sur les pancartes du parc, il semble avoir disparu du secteur, probablement suite à un conflit d’intérêt avec les grands domaines de chasse. Heureusement pour lui, le lynx n’est pas un prédateur de grand gibier !

Les oiseaux de la Sierra de Andujar
Pie-grièche méridionale
Pie-grièche méridionale

Les amateurs d’oiseaux ne s’ennuieront pas non plus dans la Sierra d’Andujar. Le parc accueille une grande diversité d’espèces méditerranéennes : Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis – Southern grey Shrike), Fauvette pitchou (Sylvia undata – Dartford warbler) et mélanocéphale (Sylvia melanocephala – Sardinian warbler), Monticole bleu (Monticola solitarius – Blue rock trush), Huppe fasciée (Upupa epops – Eurasian Hoopoe), Bruants zizi (Emberiza cirlus – Cirl bunting) et proyer (Emberiza calandra – Corn Bunting) … auxquelles viennent s’ajouter au printemps Rollier d’Europe (Coracias garrulus – European roller), Fauvette orphée (Sylvia hortensis – Western orphean warbler) …

Huppe fasciée
Huppe fasciée

Les Pies bleues (Cyanopica cyanus – Azure-winged Magpie) sont quant à elles présentes tout au long de l’année. Quoique nombreuses et peu discrètes, elles demeurent assez farouches et il n’est pas facile de les photographier en dehors des espaces de pique-nique !

Le royaume des rapaces

La Sierra d’Andujar est également le royaume des rapaces. Elle abrite la nidification du Vautour moine (Aegypius monachus Black vulture), de l’Aigle ibérique (Aquila adalberti – Spanish eagle) et de l’Aigle royal (Aquila chrysaetos – Golden eagle) . Depuis la piste de La Lancha, il est possible d’observer quotidiennement ces trois espèces ainsi que le Vautour fauve (Gyps fulvus – Griffon vulture) pouvant former des pompes de plus d’une centaine d’individus lorsque les conditions météo sont propices.

Aigle ibérique immature Andalousie février 2014
Aigle ibérique immature Andalousie février 2014
Vautour moine
Vautour moine

A la nuit tombée, vous ne pourrez pas rater le miaulement de la chevêche (Athene noctua – Little owl) dont les densités sont impressionnantes. Il est possible de l’entendre tout au long de la piste de La Lancha.

Chevêche
Chevêche

Pour écouter le Grand-duc d’Europe (Bubo bubo – Eagle owl), il faut en revanche privilégier les alentours du barrage : 3 à 4 couples semblent présents dans les gorges. Pour optimiser vos chances, tentez le point d’écoute d’octobre à février, au crépuscule.

Et si vous entendez des Petits-ducs chanter en plein hiver, ne vous laissez pas berner, il s’agit probablement de l’Alyte ibérique, dont le chant s’en rapproche, mais plus court et émis du sol.

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