Observer les orques dans le détroit de Gibraltar. Le détroit de Gibraltar, étroit passage entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, constitue un site privilégié pour l’observation des orques (Orcinus orca). Bien que leur population locale soit restreinte et mobile, ces cétacés attirent l’attention des naturalistes. En effet leur comportement de chasse est spécialisé et leur communication complexe. La présence d’un flux important de thon rouge en été attire les pods dans la zone. Ils offrent ainsi aux observateurs des occasions uniques d’étudier leur écologie.
- La population et ses caractéristiques
- Langage et communication : un code unique
- Interactions avec les bateaux de plaisance
- Règles à respecter
- Observation et conseils pratiques
- Sorties en mer : lieux et tarifs pour observer les orques de Gibraltar
- Réservez votre excursion d’observation des orques à Tarifa
- Des pêcheurs opportunistes
- Mes excursions depuis Tarifa
- Conclusion
La population et ses caractéristiques
Les orques du détroit forment de petits pods familiaux, généralement composés de 2 à 10 individus. Cette population est pélagique, transitant régulièrement entre l’Atlantique et la Méditerranée. Mais elle est régulièrement observée entre mai et septembre, période de migration des thons rouges. Les individus sont très mobiles et peuvent se disperser rapidement, rendant les rencontres imprévisibles mais spectaculaires. Leur chasse est souvent collective et hautement coordonnée. Les stratégies sont adaptées à la capture des poissons rapides dans ces eaux étroites.

Langage et communication : un code unique
Les orques du détroit de Gibraltar possèdent un langage véritablement unique. Elle se distingue par des vocalisations propres à chaque pod familial, un phénomène connu sous le nom de « dialecte ». Ces sons comprennent des clicks pour l’écholocalisation, des sifflements et cris modulés pour coordonner la chasse, maintenir les liens sociaux et signaler la présence de proies. Chaque groupe produit un ensemble de signaux caractéristiques, jamais identique à celui d’un autre pod. Ceci permet ainsi aux scientifiques de reconnaître individuellement les familles et d’étudier leur dynamique sociale.
Cette unicité est particulièrement frappante dans le détroit. La densité de trafic maritime et la forte concentration de thons imposent aux orques une adaptation constante de leur communication. Ils modulent leur répertoire pour surmonter le bruit anthropique et continuer à chasser efficacement tout en restant en contact avec leurs compagnons de pod. Ainsi, le langage des orques de Gibraltar n’est pas seulement un outil de coordination. C’est aussi un code social et culturel unique, révélateur de leur intelligence et de leur capacité d’adaptation à un environnement complexe et humainement fréquenté.
Interactions avec les bateaux de plaisance
Les interactions observées entre les orques du détroit de Gibraltar et les bateaux, en particulier les voiliers, s’expliquent par une combinaison de facteurs écologiques, comportementaux et cognitifs, plutôt que par une agressivité ciblée. Ces orques vivent dans une zone extrêmement fréquentée, où le trafic maritime fait partie intégrante de leur environnement quotidien. Certaines hypothèses avancent que les gouvernails et hélices peuvent être perçus comme des éléments mobiles intrigants. Ils rappellent le comportement de proies, notamment dans un contexte où les orques sont spécialisées dans la chasse au thon.
D’autres chercheurs soulignent le rôle de la curiosité et de l’apprentissage social, les interactions étant souvent initiées par des individus jeunes et ensuite reproduites au sein du pod. Enfin, le stress lié au bruit, à la raréfaction temporaire des proies ou aux perturbations humaines pourrait favoriser des comportements exploratoires inhabituels. Ces interactions, bien que spectaculaires, ne relèvent pas d’une prédation sur les bateaux. Il s’agit plutôt d’un comportement complexe, contextuel et encore en cours d’étude, illustrant l’extraordinaire plasticité comportementale des orques de Gibraltar.

Règles à respecter
Les orques du détroit montrent une réactivité notable aux bateaux :
- La majorité des pods garde ses distances, mais certains individus peuvent s’approcher par curiosité, surtout les jeunes.
- Ils n’interagissent pas pour chasser ou se nourrir, mais laissent parfois des traces de surface qui attirent l’attention des observateurs.
- Les excursions touristiques doivent respecter des règles strictes de distanciation : ne pas tenter de les suivre de trop près, réduire la vitesse et éviter les manœuvres brusques.
- Ces comportements montrent à la fois une prudence naturelle et une adaptation aux perturbations humaines, essentielle à leur survie dans une zone maritime très fréquentée.
Observation et conseils pratiques
- Meilleure période : mai à septembre, coïncidant avec les migrations de thon rouge.
- Heures privilégiées : tôt le matin et fin d’après-midi, lorsque les conditions sont calmes et la lumière favorable.
- Matériel recommandé : jumelles puissantes (10×50 minimum), longue-vue, téléobjectif pour photographie.
- Sorties encadrées : il est fortement conseillé de rejoindre des excursions guidées par des naturalistes, qui connaissent les comportements des pods et les zones de transit habituelles
Sorties en mer : lieux et tarifs pour observer les orques de Gibraltar

A partir de la mi-juillet, une petite population d’Orque (Orcinus orca) stationne à l’entrée du détroit de Gibraltar, dans la zone appelée par les pêcheurs la « Bajas » à 14 km des côtes espagnoles, au large du parc naturel de El Estrecho.
Le détroit de Gibraltar est l’un des rares sites d’Europe où l’observation des orques est possible depuis la côte. Les sorties en mer sont principalement proposées entre avril et octobre, période correspondant à la migration des thons rouges.
Les principaux ports de départ se situent en Andalousie, notamment à Tarifa, point de référence pour l’observation des cétacés, mais aussi à Barbate et Algeciras. Ces excursions sont encadrées par des opérateurs spécialisés travaillant en lien avec des biologistes marins et respectant des protocoles stricts d’approche.
Côté budget, il faut compter entre 60 et 90 € par personne pour une sortie d’environ 3 heures, selon la saison, le type d’embarcation et la durée. Certaines compagnies proposent également des sorties combinées incluant dauphins et oiseaux marins, ou des départs spécifiques axés sur la recherche des orques lors des pics de passage des thons.
Il est vivement conseillé de réserver à l’avance en haute saison et de privilégier les opérateurs engagés dans une démarche de tourisme responsable, limitant le nombre de bateaux et la durée des interactions afin de préserver le comportement naturel des orques.
Réservez votre excursion d’observation des orques à Tarifa
Voici le prestataire que j’ai choisi lors de mes excursions. Le départ se fait à Tarifa. Cette équipe respecte les règles éthiques. Les approches se font donc avec prudence et en évitant de déranger les animaux. Le capitaine respecte également les distances, la direction et la vitesse recommandées par la législation espagnole (RD 1727/2007) et le Règlement ACCOBAMS.
Des pêcheurs opportunistes

Nageant autour des barques de pêcheurs, ils attendent patiemment qu’un thon soit pris pour donner un grand coup d’accélération, fondant sur leur proie déjà prisonnière, au grand désespoir des pêcheurs qui tentent en vain de remonter leur ligne avant de perdre leur prise. La majorité des pêcheurs marocains, dans leurs barques bleues, remontent leur fil à la main, tandis que quelques navires espagnols ont opté pour l’utilisation d’un treuil.
Dans tous les cas, l’approche d’un orque près de l’embarcation rime souvent avec perte du butin. Nous avons pu suivre un pêcheur tentant pendant près de 15 mn de remonter sa ligne alors que 4 orques tournaient autour … Au final il n’avait plus rien au bout du fil, et pris de dépit, il jeta son matériel dans la barque … D’autres parviennent à remonter leur prise, mais il en manque souvent un bout … il ne reste plus que des miettes de thon !
Mais les pêcheurs sont bien plus nombreux que les orques et ils n’en ressortent pas tous perdants ! Au cours d’une des sorties, j’interroge l’un des guides de Turmares sur les réactions des pêcheurs face aux pertes causées par les orques. Il semblerait qu’il n’y ait pas trop de problème dans la mesure où les orques sont une espèce protégée et que les pêcheurs ne possèdent aucun réel moyen d’action. Aucun cas d’accident ou de braconnage ne semble référencé.
Mes excursions depuis Tarifa
Au milieu des barques et des orques, tentent également de naviguer les bateaux de whale watching. C’est à bord du « Dolphin Safari » de la compagnie Turmares au départ de Tarifa, que nous avons réalisé ces images. Mais d’autres organismes comme le firmm réalisent des sorties également au au départ de Tarifa. Ces agences travaillent en collaboration avec des groupes de recherche comme Circé, effectuant des suivis sur les cétacés du détroit. Autant dire qu’il règne parfois une certaine pagaille dans la Bajas ! Les bateaux de whale watching suivent les orques qui suivent les barques de pêcheurs, riant à la vue des touristes entassés, les prenant en photo avec leur téléphone portable et agitant des maillots de foot des équipes espagnoles !
Sortie le 11 juillet
Nous tentons une première sortie le 11 juillet, mais les orques n’ont pas encore été observés par les agences de whale watching. Nous nous rabattons sur la sortie « classique » d’observation des dauphins et baleine qui permet d’aller à la rencontre des Globicéphales noirs (Voir mon article Les globicéphales de Gibraltar). Mais le guide nous informe que les pêcheurs auraient signalé des orques le matin même.
Sorties du 14 et 15 juillet
Deux jours plus tard la première sortie d’observation des orques est organisée par Turmares, avec succès, mais nous sommes à Donana à ce moment-là ! Il nous faut attendre le 14 juillet pour participer à la nouvelle sortie au départ de Tarifa à 13h30. Il faut environ 40 mn de navigation à bonne allure pour rejoindre la zone de pêche où ne tardons pas à apercevoir le premier aileron. La rencontre avec les orques est vraiment un moment magique qui restera longtemps gravé dans nos mémoires !
Un groupe de 5 orques tournent autour des barques, parmi eux, une femelle et son jeune. En pleine partie de chasse, ils ne sont pas d’humeur à jouer, n’effectuent pas de bonds et se contentent de donner de fortes impulsions de temps à autre pour atteindre les thons capturés. Parfois, ils sortent leur nageoire caudale au moment de sonder. Nous restons sur la zone près d’1h30, nous ne voyons pas le temps passer ! Un 14 juillet mémorable !
On ne pouvait pas quitter l’Andalousie sans observer cette espèce mythique une seconde fois !
Le 15 juillet, nous embarquons à nouveau sur une mer calme et sous un soleil de plomb ! Cette fois-ci ce sont au total 7 orques différents que nous contacterons durant la sortie. Les individus se distinguent par la marque blanche à l’arrière de la dorsale et sont répertoriés par photo-identification.
Les orques restent dans le détroit jusqu’à la fin du mois d’août, avant de repartir dans l’Atlantique. C’est la fin de la saison de pêche et le calme reprend son droit sur la Bajas.

























Conclusion
Le détroit de Gibraltar offre une occasion unique d’observer des orques méditerranéens, petits mais intelligents, capables de communication sophistiquée et d’adaptation comportementale dans un environnement très fréquenté par l’homme. Comprendre leur langage, leur coordination sociale et leur rapport aux bateaux permet non seulement d’optimiser l’observation, mais aussi de promouvoir des pratiques responsables, garantissant que ces cétacés continuent de fréquenter ce passage stratégique entre Atlantique et Méditerranée.